1970 – L’université nomade

Alors que le chantier des Tanneurs commençait tout juste, il fallait bien accueillir des étudiants toujours plus nombreux. On était alors reçu place du 14 Juillet où l’on annonçait au futur historien-géographe que ses cours seraient dispensés dans divers lieux, pas forcément prévus pour l’usage universitaire. Ainsi,une salle de spectacle nous était-elle ouverte rue Richelieu, elle a disparu depuis. C’est là que se tint d’ailleurs la première séance de rentrée où l’ensemble de l’équipe professorale essaya de retirer à son auditoire – mal assis, mal accueilli, un peu perdu… – toutes ses illusions quant à la réussite de cette promotion trop nombreuse. C’était le début des études tourangelles.

photo de gauche : Institut de Touraine 

L’Institut de Touraine, tout proche, offrait des salles de cours dans les différents salons parquetés au décor et au charme pareillement surannés. Mais si l’enseignement de Jean CHAGNIOT en Moderne ou celui de Christiane DELUZ en Médiévale ne requéraient pas de vastes espaces, il en était tout autrement pour les cours magistraux de Charles AGERON sur l’histoire coloniale européenne. On s’installait alors dans l’ancien cinéma, rue Léonard de Vinci, qui devint plus tard la salle de théâtre Louis JOUVET, aujourd’hui Le Petit Faucheux. Tenter de suivre ce cours passionnant sur les révoltes des Hereros au milieu de plusieurs centaines d’individus prenant des notes sur leurs genoux, cela marque à vie! L’enseignement de la géographie – qui n’était pas notre priorité – ne bénéficiait pas des meilleures conditions. Réaliser des coupes topographiques sur des tables trop petites et dans une promiscuité, certes amicale mais peu pratique, n’encourageait guère les études. D’autres cours se déroulaient dans des bâtiments préfabriqués du parc de Grandmont. L’anglais, lui, était dispensé dans l’ancienne maison de Tristan, rue Briçonnet. La bibliothèque de la section – ou,plutôt, l’embryon de celle-ci – était accessible au bout d’un labyrinthe dans le vieux bâtiment de la Trésorerie, place du 14 Juillet. Et si, à l’époque, il était plus enrichissant de se rendre à la Bibliothèque municipale, aujourd’hui c’est l’inverse!

place du 14 juillet, Tours

Les repas se prenaient exclusivement au Sanitas et, le temps de traverser la ville, il fallait chaque jour patienter dans une file d’attente interminable. Et si les cours de l’après-midi s’enchaînaient rapidement, il était alors préférable de manger un sandwich dans l’un des nombreux bars autour des Halles. L’installation dans les nouveaux locaux des Tanneurs fut vraiment vécue comme une récompense après tous ces mois d’approximation et de nomadisme. Suivre les cours sur l’Antiquité du regretté René BORIUSOU, ceux, médiévaux, de ce cher Jean TRICARD dans des salles vastes, lumineuses et bien équipées, redonnait envie de poursuivre plus longtemps les chères études.

Maison de Tristan, Tours

Un commentaire

  1. Alain Pauquet dit :

    Merci pour cette évocation qui nous rappelle de si belles années. Pour ma part je n’ai jamais été incommodé par la diversité des lieux d’enseignement avant que la section d’histoire ne soit transférée aux Tanneurs, je trouvais même cela assez amusant, voire pittoresque : je me souviens par exemple en 2e année d’avoir suivi des cours de sociologie de Jean Duvignaud, dans un authentique grenier de l’Institut de Touraine, ou encore lors d’une épreuve de géographie d’avoir composé dans le « sous-marin », pièce tout en longueur et dépourvue de fenêtres située au centre du bâtiment . Un autre de mes plus beaux souvenirs est d’avoir passé un oral de médiévale avec Bernard Chevalier dans la loge du concierge de ce bâtiment. J’adorais flâner dans l’étroit secrétariat de notre section où l’on frôlait les piles de documents photocopiés destinés aux TD de Pierre Briand qui venait de soutenir sa thèse et qui ignorait qu’il deviendrait un jour professeur au Collège de France. En revanche, jamais je ne m’aventurais au secrétariat de géographie car les géographes que je cotoyais sans les connaitre étaient confinés dans un minuscule grenier à l’accès périlleux. En fait, mon seul problème était d’arriver souvent en retard aux TD de Jean Tricard lequel ne m’épargnait pas en paléographie.

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