Mai 1984 – Première intervention à l’école doctorale en stage au château d’Azay-le-Ferron

 

Parc du chateau d’Azay le Ferron

 

Souvenir de l’étudiante

C’était en mai 1984, ma première intervention au stage de l’école doctorale de Littérature française et comparée au château d’Azay-le-Féron. Me revient d’abord l’odeur des buis, après la pluie, dans le jardin retrouvé…

Avant c’était la grande salle lambrissée, le carré des tables regroupant étudiants, professeurs et chercheurs. Pour qui débute, dans cette arène, il faut sûrement une certaine dose d’inconscience, car faute d’expérience on ignore le niveau de ce que l’on produit, il faut l’audace d’oser – comparable sans doute au trac du jeune comédien -, mais aussi l’allégresse du novice, heureux de fouler un nouveau terrain.

Parler de recherches débutantes peut conforter le doctorant dans ses intuitions de départ, mais aussi le désarçonner, quand une question lui fait sentir que sa perspective est contestable, ou plus encore qu’il n’est qu’aux marges de la recherche, bien éloigné encore de produire une réflexion originale…

 

 

Mais une impression globale de bienveillance domine mon souvenir, la joie de l’arrivée au château, de la découverte de lieux où travailler « autrement », l’accueil des organisateurs, heureux de nous les faire découvrir, et le plaisir des conversations informelles qui se nouent au cours d’un repas commun.

Le souvenir d’Azay est un souvenir heureux, comme on est heureux après une épreuve surmontée, ou une rencontre inespérée. Il reste pour moi un lieu profondément « civilisé », propice à la réflexion, mais aussi ouvert sur un monde universitaire exigeant, où la navigation n’est pas sans danger – et qui est devenu le mien.

 

 

 

Souvenir du professeur

La création de l’agrégation de Lettres modernes (1959) avait mis fin à un siècle de « querelle du latin » et, ipso facto, à la subordination de l’enseignement « primaire supérieur » au regard de l’enseignement « secondaire ». En imposant des épreuves de littérature comparée, elle provoqua  un formidable appel d’air dans cette discipline jusqu’alors marginale.  Toutes les universités du Centre Ouest durent s’en remettre à de tous jeunes « chargés d’enseignement ». Quand survint la création du DEA et du Doctorat de 3ème cycle (1974), impliquant la formation d’écoles doctorales consistantes, Tours avait une longueur d’avance, avec un comparatiste professeur titulaire et ancien président d’université, Jacques Body (et un autre atout : sa position centrale entre Angers , Caen, Le Mans, Limoges, Nantes et Poitiers).

Sous des appellations évolutives (Littérature et nation, Littératures nationales et comparées, Études internationales francophones de littératures et civilisations), Tours devint le centre d’une école doctorale interuniversitaire et interdisciplinaire, fédérant Lettres et langues. Pendant plus de vingt ans, étudiants de 3ème cycle et directeurs de thèses convergèrent à la fin de chaque trimestre, pour des « Séances de synthèse » d’une journée à Tours en décembre et en mars, et pour tout un week-end en mai au château d’Azay-le-Ferron, suprême atout.

En 1951, Mme Hersent, fille de Mme Luzarche, avait légué le château et tout le domaine à la ville de Tours, avec le devoir de vouer les communs à l’enseignement agricole.  La ville s’empressa de déléguer cette tâche au Collège scientifique universitaire, lequel fut absorbé dans l’Université, laquelle entendit le mot culture au sens large…

La beauté du parc à la belle saison, l’hébergement folklorique, la restauration campagnarde et surtout la cohabitation des maîtres et des disciples avec des invités de marque ont laissé dans les mémoires des traces indélébiles et fécondes.

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