Mai 1968 – Premier appareil européen à effet Doppler ultrasonore pour l’étude de la circulation sanguine

En 1963, après des études d’ingénieur à l’INSA de Lyon, Léandre POURCELOT est sollicité pour mettre au point un appareil de mesure du débit sanguin utilisable en chirurgie expérimentale dans le cadre d’une thèse de docteur-ingénieur. La recherche va aboutir à la réalisation d’un prototype de débitmètre basé sur la mesure de vitesse du sang par effet Doppler ultrasonore. Des capteurs miniaturisés sont aisément implantables autour de l’artère étudiée et reliés à une électronique originale utilisant des transistors (jusque-là on utilisait les tubes électroniques). Le signal Doppler audio est transmis à distance pour être analysé et transformé en courbes de vitesse enregistrables. De nombreux essais sont effectués dans l’Unité Inserm de chirurgie expérimentale du Pr DESCOTES, à la Faculté de médecine de Lyon, au cours de transplantations expérimentales de cœur, de rein et de foie, ainsi qu’à l’hôpital de l’Antiquaille pour mesurer le débits dans les tubulures du premier rein artificiel ou dans les shunts artério-veineux en téflon des premiers patients soumis à l’hémodialyse. Une première publication (Effet Doppler et mesure du débit sanguin) apparaît dans les Compte-rendu de l’Académie des sciences en 1965. La thèse de docteur-ingénieur est soutenue en 1967 sous le titre « Etude et réalisation d’un débitmètre sanguin à effet Doppler utilisable en télémesure ». A l’époque, seules deux autres équipes dans le monde, l’une au Japon (S. SATOMURA 1959) et l’autre aux USA (D.L. FRANKLIN 1961), étudiaient ce type d’appareil Doppler à ultrasons.
 

Capteur Doppler placé sur l’artère carotide de chien (INSA Lyon, 1964).

 Vue d’un capteur implantable qui se referme sur l’artère.

 
A la fin de la thèse, en juin 1967, Léandre POURCELOT rencontre Thérèse PLANIOL à Paris. Mme PLANIOL souhaitait constituer une équipe de physiciens, ingénieurs et médecins pour sa venue à Tours. Elle recherchait des collaborateurs capables de développer des technologies non invasives nouvelles. Les ultrasons en font partie. Elle connait déjà l’échoencéphalographie qu’elle pratique à la Pitié. L’appareil à effet Doppler l’intéresse beaucoup en raison de son originalité et de ses applications potentielles. Comme tous deux doivent participer au 1er congrès français de Génie biologique et médical organisé à Tours en septembre 1967 par Joseph THOUVENOT, c’est l’occasion de s’y retrouver et de faire le point.
En février 1968 Léandre POURCELOT rejoint le Laboratoire de Biophysique Médicale (LBM) de la Faculté de médecine en plein démarrage. Il va entreprendre l’adaptation du système à effet Doppler pour les applications chez l’homme. Pour cela il est nécessaire de mettre au point des capteurs utilisables par voie transcutanée et une électronique capable de détecter le sens de circulation instantanée du sang de manière à séparer les flux veineux et artériels. Les premiers résultats obtenus en mai 1968 (!) sont très encourageants. De nombreux examens sont alors effectués chez des patients présentant des troubles vasculaires cérébraux et des artérites, ainsi que chez les femmes enceintes (détection du rythme cardiaque fœtal et diagnostic de grossesses multiples). Ces examens sont effectués par Léandre POURCELOT dans le Service d’explorations fonctionnelles par méthodes physiques EFMP dirigé par Thérèse PLANIOL au CHU Bretonneau.
 
 

Vue du premier appareil Doppler à émission continue commercialisé par Delalande Electronique en 1968

 
En parallèle Léandre POURCELOT cherche à industrialiser l’appareil Doppler pour le commercialiser. Une relation particulière s’était établie avec le Laboratoire DELALANDE (Courbevoie) dès 1966. Ce laboratoire louait régulièrement l’appareil Doppler, manipulé par L. POURCELOT, pour étudier l’effet de molécules vasomotrices sur la circulation artérielle. C’est ainsi que fut décidé en 1968 la création de la société DELALANDE Électronique en partenariat entre le LBM (représenté par Thérèse PLANIOL et Léandre POURCELOT) et le Laboratoire DELALANDE. A la fin de l’année 1968, le premier appareil Doppler européen est commercialisé. Une première version sera présentée au 1er Congrès Mondial sur les Ultrasons en Médecine et Biologie (Vienne, 2-7 juin 1969). Au cours de deux communications orales Léandre POURCELOT y précise le fonctionnement et les premières applications en neurologie.  L’appareil aura un retentissement important auprès des neurologues et des chirurgiens vasculaires européens. Plusieurs centaines d’appareil seront vendus en quelques années. Certains de ces appareils sont conservés précieusement par les précurseurs de l’exploration Doppler. Un exemplaire sera prochainement présenté dans le cadre du musée du CNAM à Paris.
Pour accélérer la diffusion de l’appareil et mieux préciser ses possibilités en diagnostic, un Club Doppler est créé en 1975. Il se réunira tous les ans pour des séances de travail très studieuses en France et en Europe jusqu’en 2005, et n’aura qu’un seul président pendant 30 ans (Léandre POURCELOT). Plusieurs autres clubs Doppler se développeront en Europe, y compris en Russie.
 

 ECG et courbes de vitesse dans les carotides primitives droite (en haut) et gauche (en bas) dans un cas d’occlusion de l’artère carotide interne gauche (tracé du bas). Le flux diastolique est nul dans cette artère en raison de l’augmentation importante de la résistance circulatoire (enregistrements réalisés en 1968)

 

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