8 novembre 1994 – Création du Passeport Culturel Etudiant

LE PCE, TOUTE UNE HISTOIRE ! Comment le Passeport Culturel Étudiant a-t-il été imaginé ? Quand a commencé cette aventure ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’en sera-t-il demain ?

C’est quelques années après la promulgation de la loi de 1984, dite Loi Savary, portant sur une large réforme de l’enseignement supérieur et notamment des universités, qu’apparaît une prise de conscience fondatrice pour les années à venir : la nécessité de renforcer le lien entre université et culture. La réunion de plusieurs entités (universités, étudiants, publics et acteurs de la vie culturelle) à Lille en mai 1990 aboutit à la création de l’association Art + Université + culture, actée dans le Manifeste de Villeneuve-d’Ascq.

En 1993, l’université François-Rabelais de Tours est une jeune université pluridisciplinaire, multi-site, en pleine expansion, présidée par Henry MOURAY, professeur en médecine nouvellement élu. Il est très attaché au développement de l’université et à la dimension culturelle de l’enseignement et de la recherche.

Le site des Tanneurs, qui héberge les facultés de Lettres et Langues et Sciences de l’Homme dans un bâtiment inauguré en 1970, est situé au cœur de la ville. Il est doté d’une grande salle de spectacle grâce à l’initiative originale et courageuse de son premier président, Jacques BODY, professeur de littérature comparée. Cette particularité va être déterminante dans la création du passeport culturel. Cette salle, initialement nommée « salle des Tanneurs », puis « Thélème », est un lieu culturel connu dans la Ville de Tours. Des spectacles et des concerts y sont régulièrement accueillis grâce à l’association Centre d’Expression Pédagogique (CEP) qui en assure la gestion, la programmation et la régie.

Une vraie politique d’ouverture et de démocratisation de la culture est lancée !

Ce projet de « passeport culturel » s’appuie dès le début et au fil des ans sur la collaboration de plusieurs partenaires engagés à favoriser l’accès à la culture pour tous : l’université de Tours, le Centre Régional des Œuvres Universitaires Orléans-Tours, le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire, la Ville de Tours et la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

1993 : Les prémices

Au début des années 1990, Alain FREBAULT, passionné de théâtre, est enseignant en techniques d’expression auprès de la filière « Carrières Sociales» de l’IUT de Tours. Il rencontre José Manuel CANO LOPEZ, à l’époque directeur de l’Autruche-Théâtre / Compagnie José Manuel CANO LOPEZ, qui encadre un atelier théâtre au sein de cette même filière, et met en place un passeport étudiant destiné à faire découvrir à ses étudiants les lieux culturels de Tours. Ce premier dispositif (l’ancêtre du PCE !) fonctionne bien auprès des étudiants de « Carrières Sociales » et nombre d’entre eux fréquentent ces lieux. Certains y effectuent leur stage et s’y font même embaucher dans les années qui suivent !

Alors directrice du Service Vie Universitaire, Culture et Communication, Danièle GUILLAUME rencontre Alain FREBAULT à la Commission culturelle de l’université qu’elle préside le 30 juin 1993. Elle lui confie alors la mission de réfléchir à la création d’un passeport culturel ouvert à tous les étudiants de l’Université. Un groupe de réflexion est alors mis en place, rassemblant Alain FREBAULT, Philippe ROULLEAU (professeur de médecine), René KOCHMANN (professeur au département de linguistique), M. TRIANDAPHYLIDES (directeur du CLOUS), Jean-Pierre HUBERT (directeur des affaires culturelles de la ville de Tours) et deux représentantes des structures culturelles : Véronique ROBERT (Radio-Béton) et Sylvie DERSHKA (le Petit Faucheux). Sont également associés à la première séance des représentants étudiants.

En novembre 1993, 16 structures culturelles locales sont invitées à prendre part à la réflexion, dont José Manuel CANO LOPEZ (directeur de l’Autruche-Théâtre/Compagnie José ManuelCANO LOPEZ), Daniel LARRIEUR (directeur du Centre Chorégraphique National de Tours), Michel AUDUREAU (directeur du Petit Faucheux), Gisèle VALLEE (directrice du Bateau Ivre et de la salle des Trois Orfèvres).

En 1994 ; le PCE voit le jour !

Après de nombreuses réunions, le Passeport Culturel Etudiant est lancé à la rentrée 1994. Il s’agit d’un livret type passeport civil dont chaque page présente une structure culturelle partenaire et son offre spécifique réservée à l’étudiant détenteur. La création de ce nouvel outil de la vie étudiante est alors célébrée par l’organisation d’une semaine culturelle, baptisée « Semaine d’ouverture culturelle », à partir du 8 novembre 1994 : on y vend le PCE pour 20 francs (environ 3 euros) et surtout on y rencontre les structures partenaires présentées dans le livret.

Avant d’avoir un site web, Facebook et Instagram, d’autres canaux d’informations étaient utilisés pour présenter les différents partenaires culturels et renseigner les étudiants sur les avantages du PCE. C’est pourquoi le Service des Etudes et de la Vie de l’Etudiant (SEVE) a mis en place la revue PCE info, un « calendrier mensuel d’activités tourangelles » : la newsletter des années 90 !

Les structures partenaires : un fort militantisme culturel !

Favoriser l’accès des étudiants à la culture, c’est faire un pari sur l’avenir et « former » un public adulte qui continuera à fréquenter les lieux culturels. Animés de cette forte conviction, les pionniers inventent, dans une atmosphère conviviale et chaleureuse, le PCE !

L’originalité du Passeport Culturel Etudiant (qu’il partage avec la Carte culture de Limoges) est qu’il n’implique aucune compensation financière aux structures partenaires, chacune offrant des avantages qui lui sont propres en fonction de ses spécificités, dans le but d’attirer un nouveau public. En retour, l’université met à la disposition de ses partenaires des moyens de communication et d’information en direction des étudiants afin que ceux-ci aient connaissance de l’offre culturelle locale. Tout au long de ses 25 années d’existence, le PCE s’est régulièrement entouré de nouveaux partenaires et s’est étendu géographiquement.

Rappelons-le, l’université de Tours est multi-site… jusqu’à Blois ! Près d’une dizaine de lieux culturels blésois deviennent partenaires du PCE en 2006.

Au moment où les universités se structurent au niveau régional, avec le soutien de partenaires comme le CROUS Orléans-Tours et le Ministère de la Culture en Région (DRAC), les universités de Tours et d’Orléans s’associent en 2007 pour proposer une offre culturelle cohérente sur tout le territoire : pour tout PCE acheté, le PAC (Passeport A la Culture) de l’université d’Orléans est offert, et inversement.

Une évolution permanente

Le PCE n’a cessé d’évoluer depuis 25 ans, et ce tant en termes de partenaires culturels (16 en 1994, 72 en 2019), de visuel et de format, que d’adhésion des étudiants (4% l’année de son lancement, 27% en 2019).

Une politique incitative

Si faire connaitre le PCE au sein d’une université multi-site est une première étape, inciter le public étudiant à s’emparer des offres culturelles en est une autre… L’arrivée d’internet notamment a favorisé l’émergence d’une médiation ciblée et adaptée au public étudiant tout au long de l’année.

Des « cafés culture » itinérants, la présence du PCE sur les réseaux sociaux, un site web dédié, une newsletter bimensuelle assurent une information appuyée des temps forts des partenaires culturels qui proposent par exemple « 1 place achetée = 1 place offerte » pour un nombre de places défini, sur un spectacle ou une manifestation ciblés.

Une édition collector pour ses 20 ans !

2013 : la décision est prise de supprimer le passeport papier au profit d’une pastille autocollante sur la carte d’étudiant. Le Conseil culturel propose à l’auteur de bandes dessinées, graphiste et scénographe Marc-Antoine MATHIEU, accueilli à l’université en tant qu’artiste associé en 2010-11, de signer le dernier PCE imprimé : une édition collector détenue par près de 5700 étudiants !

2014 : Un PCE 2.0… ou presque !

A l’heure des réseaux sociaux et d’internet, le PCE en tant qu’objet est devenu has-been. Pourquoi s’encombrer d’un livret qu’on risque d’oublier, alors qu’on a toujours son portable sur soi ? La dématérialisation du PCE s’est imposée pour une utilisation plus facile : une pastille sur la carte d’étudiant, un site accessible depuis le smartphone, et la culture s’offre à tous !  Le PCE et ses partenaires s’attachent à conserver l’état d’esprit militant et convivial dans lequel il a été créé. Il s’agit bien d’un dispositif pérenne impliquant des acteurs engagés avec lesquels nombre d’actions culturelles ont été montées en direction des étudiants, en lien avec la politique culturelle que l’université a promue et amplifiée au fil des années (Théâtre Universitaire, résidences d’artistes, ateliers de pratiques artistiques, soutien aux projets étudiants, développement d’une programmation partenariale à Thélème…)

En 2018-2019, plus de 7000 étudiant.e.s ont acheté le PCE, profitant ainsi des offres culturelles mise à disposition des 72 structures partenaires du Passeport Etudiant. A ce jour, plus de 123 000 étudiants ont bénéficié des avantages du PCE, ce qui équivaut à 1 étudiant sur 3 !

Paroles d’étudiants :

« Le PCE me permet d’aller vers des choses inattendues : les fêtes musicales de Touraine, le petit faucheux, le W.E.T…J’aime faire des découvertes et les partager avec mon entourage. Mon programme culturel est toujours bien rempli ! » Julien CORRE, étudiant de 2013 à 2019.

« Le PCE c’était pour moi une opportunité d’avoir accès plus facilement à la culture, mais c’était aussi un moyen de m’ancrer dans la fac et de participer à des activités avec d’autres étudiants. Et bien-sûr, découvrir des formes artistiques pour lesquelles je ne me serais pas forcément déplacée en temps normal. » Fanny HERAULT, étudiante de 2013 à 2015.

« Je me suis beaucoup servi du PCE pour aller au Bateau Ivre et au cinéma Studio ! Je suis aussi allé à des spectacles de danse ou de théâtre. Je suis plus branché musique, mais du coup ça m’a permis d’élargir mon champ de vision culturel. » Enzo PETILLAULT, étudiant de 2007 à 2011.

« J’aime la dimension familiale de la salle Thélème, elle transforme la culture en un moment du quotidien. On va en cours, à la B.U, le soir on sort son PCE pour une pièce à Thélème, et ensuite on prend un verre en ville pour discuter de ce qu’on vient de voir. Le PCE, Thélème, ça nous lie entre étudiants. » Sophie NIKA, étudiante de 2011 à 2018.

2049, le PCE du Futur ?

En 2049, alors que l’on se déplace sûrement grâce à des cabines de télé-transportation et des voitures volantes, la culture change de forme elle aussi : le monde évolue, le PCE aussi ! Malgré les changements et les bousculades du monde aujourd’hui et de demain, il existe quelque chose qui ne cessera jamais : l’audace de la jeunesse. Lors d’un entretien mené par les étudiants du master 2 « Patrimoine Culturel Immatériel » en février 2014, Danièle GUILLAUME défendait plus que jamais la pertinence du PCE :

« Les étudiants gardent leur jeunesse éternelle. Toi tu vieillis, mais eux ils sont toujours en face de toi, avec leurs vingt ans. C’est insolent. Ça veut dire qu’on a toujours un public qui se régénère, toujours jeune, à qui il faut tout le temps apprendre quelque chose. »

Si le rôle assumé de ces dispositifs est bien d’initier, d’ouvrir, de faciliter l’accès à la culture, le PCE veille à maintenir un lien, une proximité avec les étudiants, qui,eux aussi, ont beaucoup à nous apprendre.

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