7 février 1973 – Soutenance de thèse de doctorat de Michel BUTOR

Le 7 février 1973, la nouvelle salle des actes de la faculté de Lettres (Tanneurs) reçoit son premier candidat pour une soutenance de thèse. Le romancier et essayiste Michel BUTOR y présente un travail original, car il concerne ses propres œuvres.  

Comment s’est organisée cette soutenance ?

            À l’automne 1972, Jean DUVIGNAUD, écrivain, critique de théâtre et essayiste en vue, professeur de sociologie à l’Université François-Rabelais, proposa au président Jacques BODY d’organiser la soutenance sur travaux de Michel BUTOR qui était alors « professeur associé » à l’université de Nice. La commission ad hoc restreinte aux professeurs approuva la composition du jury : outre le rapporteur Jean DUVIGNAUD, deux ténors de la « nouvelle critique », Jean STAROBINSKI (Université de Genève) et Jean-Pierre RICHARD (notre ancien collègue parti à Vincennes), et deux représentants de l’université de Paris IV (dite Paris-Sorbonne), Léon CELLIER et Michel RAYMOND.

Crédit photo : La Nouvelle République, Gérard PROUST

Comment s’est-elle déroulée ?

            Le recteur Gérald ANTOINE, antérieurement professeur à la vieille Sorbonne,  est venu d’Orléans et entraîne le président à siéger avec lui derrière le jury, façon traditionnelle, expliqua-t-il, de témoigner son intérêt au candidat.

            Non seulement la presse régionale mais Jacqueline Piatier, la journaliste du Monde, habituée de la salle Louis LIARD, a fait le déplacement et en rendra longuement compte :

« La chose n’est pas courante (…), la jeune université de Tours a proposé son cadre avenant sur les bords de la Loire. Voici (…) un créateur à part sur lequel s’est fait déjà plusieurs livres, qui vient solliciter, modeste, le titre de docteur ès lettres. La salle est pleine, étudiants français et américains. »

            La cérémonie  a été perturbée par la diffusion d’une bande magnétique traitant avec ironie de ces face-à-face doctrinaux, mais  juste quelques instants, — le fait de quelques contestataires bons enfants.

            Michel BUTOR était connu depuis quinze ans comme l’un des tenants du « nouveau roman » (La Modification, prix Renaudot 1957), mais aussi de la « nouvelle critique ». Cette activité critique de BUTOR est le sujet du jour.

   Trois recueils d’articles, Répertoires  (éd. de Minuit), son Histoire extraordinaire  (Gallimard) sur un rêve de Baudelaire qui avait fait voir rouge en son temps, l’ Essai sur les « Essais » (Gallimard,)(…) un petit Rabelais récent.  Pour la masse, nous ne sommes pas loin des huit cents pages, mais, dans les sujets, quel écartèlement ! Du seizième siècle à Balzac, Hugo, Proust, Raymond ROUSSEL, (…) et ces incursions dans les arts parallèles, la peinture surtout !

     En quoi consiste la démarche du critique pour BUTOR ? « J’ai besoin de m’assimiler le texte, de rentrer dans le rôle de l’auteur écrivant.[1] »

            Cette soutenance vaut à Michel BUTOR la mention très honorable à l’unanimité du jury. Mais la section Littérature française du  Comité consultatif (ancêtre du Conseil national des universités) refusa d’inscrire Michel Butor sur la liste d’aptitude à l’enseignement supérieur. 

            Il n’eut pas trop à s’en plaindre : au terme de son bail de quatre ans à Nice, STAROBINSKI l’appela à ses côtés, il restera professeur à l’université de Genève jusqu’à sa retraite, rémunéré en francs suisses, donc de 1975 à 1991. La France ne lui en tint pas rigueur. En 2013, pour l’ensemble de son œuvre, l’Académie française lui décerne son grand prix de Littérature. 

Crédit photo : La Nouvelle République, Gérard PROUST

Quel était le véritable enjeu ?

            Dans son article 20 concernant l’ensemble des doctorats de toutes les disciplines, la loi d’orientation de l’Enseignement supérieur de 1968 avait introduit, à côté de la grosse vieille thèse d’État « à la française » aujourd’hui caduque, la possibilité de soutenir sur « un ensemble de travaux scientifiques originaux ». Cette nouveauté se heurta au traditionalisme de beaucoup de littéraires.  Elle a fini par s’imposer, avec l’habilitation à diriger les recherches (1984), dans la plupart des sections du comité national consultatif.

            Quant à l’université de Tours, elle avait réussi à faible coût une belle opération de notoriété, tout en contribuant à une nécessaire mutation.

[1] Le Monde, 15 février 1973.

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