20 septembre 1972 – Premières parutions de la première tentative de presses universitaires Tourangelles

Voici les deux premiers volumes (sur trois) de la tentative de création de presses universitaires à l’université de Tours en 1972.

L’idée de lancer une collection de textes relatifs au roman de l’époque classique est venue de Jacques Chupeau (1942-2017), spécialiste reconnu, avec la caution de Jean Lafond. Le projet était de reproduire en fac-similé des ouvrages marquants, pratiquement inaccessibles, et de les éclairer par une présentation substantielle.
Ainsi ont été publiés d’abord deux livres portant sur La Princesse de Clèves (1678) et qui inaugurèrent véritablement, sur un mode mondain, la critique littéraire : en 1972 les Lettres à Madame la Marquise de *** sur le sujet de la Princesse de Clèves (1678) de Valincour, puis en 1973 la réplique qui suivit, Conversations sur la critique de la Princesse de Clèves (1679) de l’abbé de Charnes. En 1977, un troisième volume, Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière (1671), donnait une nouvelle orientation à la collection : ce roman, jamais réédité depuis, avait fait date dans le genre de l’autobiographie.
Il s’agissait d’un travail d’équipe, conforme au parfait désintéressement de J. Chupeau. Chaque volume avait un maître d’œuvre qui se chargeait de la préface ; soumise à l’ensemble de l’équipe, elle offrait ainsi à chacun de ses membres la possibilité de l’enrichir. Pour le premier volume, ce fut J. Chupeau, pour le second François Weil, pour le troisième Micheline Cuénin, maitre-assistant à Paris III. S’ajoutaient des pièces annexes ainsi que divers index.
Pour ces éditions, le choix s’est porté sur un format oblong (25 x 19 cm). Inusuel – et fort peu apprécié des bibliothécaires –, il permettait sur une même page de présenter deux pages des originaux in-12, format que goûtait le public mondain de l’époque, et d’introduire dans les marges latérales les annotations nécessaires. Fort élégantes sous leur jaquette illustrée et réalisées avec beaucoup de soin, ces éditions ont été tirées sur les presses de l’IUT de Tours.
Mais comment ? Il y fallait quelques moyens, humains et matériels.
Pour l’option « Journalisme » de son département « Carrières de l’Information », l’IUT de Tours s’était doté d’un poste de technicien professionnel de l’imprimerie. D’autre part, il disposait d’une linotype prêtée par la Nouvelle République, premier partenaire de cette option. En outre le directeur de l’IUT, Jean Luthier, avait fait apporter de la faculté de médecine une imprimante offset où elle était inemployée et qui put être mise en œuvre par le technicien, en particulier pour les journaux-école. Jean Luthier avait lui-même une certaine expérience de l’édition : il avait créé avec son ami Joseph Thibault une collection, La Brenne littéraire et historique, et publié dès 1967 Le Butor, de Paul Vialar, suivi en 1969 de Lettres de George Sand, etc. Par son imprimeur Gibert et Clarey, il connaissait les arcanes de l’édition. C’est donc lui qui veilla à l’édition des Lettres à la Madame la Marquise […] et des ouvrages suivants en mobilisant les services de l’IUT de Tours, et notamment l’imprimerie, pour réaliser une grande partie du travail d’impression.
Pourquoi cette entreprise, appréciée du public des spécialistes, n’a-t-elle pas eu de suite ?
Différentes raisons ont dû jouer. D’une part on ne s’improvise pas éditeur, et d’autre part, sans réserves financières, l’équipe des dix-septièmistes ne disposait d’aucun service de publicité et de diffusion. Ces difficultés ont fait que l’enthousiasme initial a faibli. Le secrétariat, assuré à temps partiel par Mlle Guignard, ne permettait guère que de répondre aux commandes qui ont continué d’arriver irrégulièrement pendant quelques années. Y a-t-il eu un reliquat, dans quel placard sommeille-t-il ? Nous l’ignorons.
Du côté de l’imprimerie, où un certain bricolage avait été à l’œuvre, des raisons conjoncturelles expliquent que la disponibilité des exécutants n’était plus la même : Jean Luthier avait quitté la direction, etc. Quant à l’Université, elle n’avait pas les moyens de passer à un système moins amateur.
Mais il faut surtout noter qu’à ce moment, les universitaires n’étaient pas demandeurs d’une forme d’édition « maison ». Dans chaque spécialité des Lettres et Sciences humaines, un ou deux éditeurs assuraient la publication des œuvres jugées importantes (Mouton pour les lettres, les P.U.F en philosophie et sociologie, etc.), et, ce faisant, leur apportaient leur caution (et celle des directeurs de collection et comités). Publier ailleurs n’aurait pas assuré la même notoriété ni les mêmes gages de sérieux. Il est vrai que l’entreprise des dix-septièmistes de Tours était différente. Ils exploraient une voie nouvelle en donnant accès par le fac-similé aux richesses incomparables de l’original et en les accompagnant d’une information ample et inédite.
L’expérience première de presses universitaires à Tours arrivait trop tôt. Ses promoteurs avaient amorcé une entreprise, mais ce fut une belle au plomb dormant…
La belle a finalement émergé de son profond sommeil au début des années 2000. Durant 30 ans (1972-2002), de nombreuses équipes de recherche de l’université de Tours se sont dotées d’un projet éditorial, endossant la fonction d’éditeur pour faire paraître une revue ou/et une collection de livres. De fait, à l’université de Tours, il existe alors presqu’autant de maisons d’édition qu’il y a d’équipes de recherche utilisant librement le label « Publications de l’université François-Rabelais ». Mentionnons par exemple :

  • pour l’équipe « Histoire des représentations » : les collections « Littérature et nations » (création 1990), « Cahiers d’histoire culturelle » (création 1994), la revue Musicorum (création 2002)
  • pour l’équipe « Groupe de recherche anglo-américain de Tours » : la collection « GRAAT » (création 1984)
  • pour l’équipe « Centre Interuniversitaire de Recherche sur l’Éducation et la culture dans le Monde Ibérique et Ibéro-Américain » (CIREMIA) : la collection « Etudes hispaniques » (1988-2007)
  • pour le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR) le Journal de la Renaissance (2000-2008) chez Brepols
  • pour le Centre d’études et de recherches sur l’urbanisation du monde arabe (URBAMA) : Les Cahiers d’URBAMA (1988-2000), auxquels ont succédé à partir de 2012 Les Cahiers d’EMAM
  • pour le Laboratoire Archéologie et Territoires (LAT) : Les petits cahiers d’Anatole (création 2001) en référence à leur lieu d’implantation (3 place Anatole France à Tours)

La liste pourrait se poursuivre, tant fut important le foisonnement éditorial des années 1970 à 2000.
En 2002, le président Michel Lussault confie à Maurice Sartre la mission de structurer un service de presses universitaires pour offrir aux équipes de recherche tourangelles un outil de valorisation éditoriale mutualisé, mettant en avant l’identité de l’université de Tours ; c’est la fondation du label PUFR (Presses universitaires François-Rabelais) qui, durant 10 ans (2002 à 2011 environ), en l’absence de diffusion et de distribution professionnelle, peine à se distinguer clairement du label informel « Publications de l’université François-Rabelais ». En 2007-2008, Hélène Maurel-Indart pose les bases de la professionnalisation des PUFR en fondant un comité éditorial, en passant une convention avec les Presses universitaires de Rennes (en œuvre durant 10 ans, du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2018) qui dotent les PUFR de leur première capacité de diffusion. En 2019, au bout de 10 années de travail, les PUFR sont désormais solidement installées dans le paysage éditorial scientifique français comme un éditeur professionnel dont le catalogue compte près de 250 titres et s’enrichit chaque année d’une trentaine de nouveautés réparties dans 14 collections adossées aux axes forts de la recherche de l’université de Tours (collections « Renaissance », « Tables des hommes », « Civilisations étrangères », « Perspectives historiques », « IconoTextes », « Perspectives Villes et Territoires », « Sérial », « Traductions dans l’histoire », « Perspectives littéraires », « Migrations », « Scène européenne », « Patrimoine en région Centre-Val de Loire »), auxquelles s’ajoutent deux collections de manuels (« CM » et « L’officiel ECN »). Ce catalogue (https://pufr-editions.fr/) est à l’image de l’université de Tours, pluridisciplinaire, publiant des livres de toutes disciplines, des Lettres aux Sciences humaines et sociales en passant par la Médecine. Les PUFR se dotent d’un diffuseur et d’un distributeur professionnels à partir du 1er janvier 2012 : AFPUD (de 2012 à 2016) puis GEODIF (depuis le 1er janvier 2017) pour la diffusion, SODIS pour la distribution. En 2018, les PUFR ont vendu plus de 20 000 exemplaires pour un chiffre d’affaire net de 250 000€ (vente de livres).
Le rêve des pionniers en 1972 a mis 50 ans à se concrétiser.

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