20 février 1984 – Stage sur le terrain pour des étudiants du programme expérimental « Jeunes issus de milieux défavorisés »

Le département « Carrières sociales » de l’IUT de Tours conduit une première expérience de formation d’animateurs pour des jeunes engagés dans l’action dans leur quartier mais empêchés par leur parcours d’entrer dans les formations habituelles. Discrimination positive et recrutement de travailleurs sociaux parmi les populations d’exclus.

Pendant trois ans, vingt jeunes adultes que leur parcours scolaire empêchait non seulement d’entrer à l’université (faute de bacc) mais même d’intégrer les formations continues d’animateurs (faute de compétences suffisantes pour lire et écrire des textes un peu élaborés) ont été préparés au DEFA. Les enseignants de Carrières sociales adaptèrent leurs pratiques, se chargèrent d’apprentissages triviaux comme celui de la position assise et quasi silencieuse pendant plus de vingt minutes ou la pratique d’écouter ce que vient de dire l’enseignant ou un camarade avant d’apporter son propre point de vue…

Sans faire d’exotisme facile ou de sensationnalisme, notons que si les stagiaires avaient manifesté dans leur quartier des capacités d’engagement auprès des autres, d’initiative individuelle ou collective, ils constituaient un public très différent des habituels étudiants ou même des animateurs en poste dont les enseignants avaient la pratique. Les parcours individuels étaient souvent accidentés, les expériences hors normes fréquentes et il fallut un long apprivoisement réciproque pour que se construise une relation pédagogique fructueuse.

Pour sélectionner les stagiaires, le département Carrières sociales collabora avec des équipes de travailleurs sociaux de la région (au sens large) et vingt jeunes hommes et jeunes femmes des quartiers « difficiles » de Dreux, Saint Jean de la Ruelle, Nevers, Poitiers et Châtellerault devinrent étudiants pendant trois ans avec un salaire de stagiaires de la formation professionnelle. Le stage évoqué dans l’article de la Nouvelle République du 20 février 1984 s’inscrivait dans la coopération entre  enseignants de l’IUT et équipes de terrain. L’expérience dans les vingt centres fut évaluée comme étant une réussite, mais le départ de Pierre Beregovoy fit que l’expérience réussie ne fut pas renouvelée.

Cette expérience, malheureusement unique, trouve sa source dans une autre initiative innovante : la préparation au DUT par la « Promotion Supérieure du Travail ».

En effet, dès la rentrée 1970, le département « Carrières sociales » obtint du ministère de préparer des professionnels au DUT. Avant la loi créant et organisant la Formation continue (16 juillet 1971), les IUT étaient habilités à préparer leur diplôme dans le cadre de la « Promotion Supérieure du travail », formation déjà pratiquée par le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) et ses centres associés en région. Créateur du département et directeur de l’IUT de Tours qui était alors un des rares IUT exclusivement orienté vers le secteur tertiaire, Jean LUTHIER était apprécié au Ministère de l’éducation nationale par les fonctionnaires en charge des IUT. De plus, il présidait le Commission pédagogique nationale « Carrières sociales ». Son influence permit au dossier préparé par Tours d’obtenir le financement d’un groupe de professionnels pour chacune des deux années de formation au DUT dans le cadre de la Promotion supérieure du travail. Ce fut l’un des tout premiers DUT « En cours d’emploi » mis en place en France quel que soit la spécialité concernée.

Cette préparation au DUT « Carrières sociales » pour des professionnels conduisit le département à coopérer avec les services de la Jeunesse et des Sports pour la rendre compatible avec le diplôme de ce ministère, le CAPASE. Quand ce dernier diplôme fut remplacé par le DEFA, la coopération s’étendit au Ministère des Affaires sociales qui devint co-responsable avec Jeunesse et Sports.

Aussi quand le Ministère des Affaires sociales de Pierre Beregovoy mit en place une expérimentation de formation pour des « Jeunes issus des milieux défavorisés », avec l’Université de Saint Etienne et une équipe CNRS de Lyon, l’IUT de Tours fut l’un des trois centres universitaires retenus au côté de treize écoles de travailleurs sociaux qui constituaient le champ d’action habituel de ce ministère. C’était l’époque des politiques de la ville, des tentatives pour développer une discrimination positive en faveur des jeunes « des quartiers ». C’était le temps de la Marche des beurs et celui où brûlaient Les Minguettes.

On notera que ces initiatives furent suivies d’une autre formation destinée à un public d’animateurs. Quand Claude Allègre créa, dans le dispositif des emplois-jeunes, les « aides-éducateurs » pour renforcer les  moyens humains dans les lycées et collèges, le chargé du dossier à son cabinet était très fier d’avoir inventé un statut qui n’en faisait ni des contractuels du service public (ce qui leur aurait ouvert les voies de l’intégration dans la fonction publiques), ni des salariés de droit privé (qui leur aurait ouvert le droit aux indemnités-chômage et contraint le ministère de l’Education à cotiser à l’UNEDIC). Le rectorat d’Orléans-Tours confia au département Carrières sociales de préparer vingt cinq aides-animateurs au DUT. Ce fut l’unique formation préparant à un diplôme mise en place pour toute la France. Là encore l’expérience fut unique.

Crédit article : La Nouvelle République, 20 février 1984

 

2 Commentaires

  1. Yann Perrier dit :

    Ce stage de formation à été le premier à se faire hors de l’IUT. Il s’inscrit dans le cadre d’une semaine de découverte de la micro-informatique organisée par le centre social de la plaine d’ozon à Châtellerault.

    • 50 ans dit :

      Bonjour, ce stage hors de l’établissement n’était pas une première. Non. Depuis 1970, les étudiants en Carrières sociales suivaient un stage d’initiation aux activités de plein air. Durant de nombreuses années, ce stage était assuré par l’Ecole de voile des Glénans, organisme créé par d’anciens résistants pour démocratiser la pratique de la voile.

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