20 et 23 novembre 1973 – Inauguration du Steinway modèle C à Thélème

Piano Steinway modèle C

Les 20 et 23 novembre 1973, Nicole CAZALET et Didier AUBERT donnaient, au « Théâtre de l’Université », en deux concerts, l’intégrale des Œuvres de BEETHOVEN pour piano et violoncelle.

C’était le premier concert avec piano,  et quelques collègues, médecins mélomanes, membres de la défunte association des Amis de la musique qui fut à l’origine du Festival de la Grange de Meslay murmuraient : « Où donc ont-ils trouvé ce piano ? » C’était un Steinway modèle C, non pas le grand piano de concert mais celui qu’avaient adopté les sociétés de musique en Allemagne, en Suisse, en Angleterre. Les présidents de nombreuses universités avaient fait l’acquisition d’une voiture de fonction.  Celui de Tours avait préféré ce piano, acquis, donc, sur des crédits de fonctionnement propres à l’Université.  Cinquante après, moyennant une récente révision, il continue de donner satisfaction.  Qu’en serait-il de la voiture de fonction ?

C’était le premier concert des Amis de la Musique de Chambre (AMC) auxquels les deux artistes abandonnaient leur cachet pour constituer un fond de trésorerie, et le début d’une  longue exploration d’un répertoire inépuisable dès lors qu’il inclut la musique contemporaine comme le fait aujourd’hui Atmusica, héritier direct des AMC.

C’était aussi l’aboutissement d’une longue bataille technique et administrative dont sortait vainqueur le premier président de l’université de Tours grâce au soutien constant du Conseil d’Administration et de la communauté universitaire.

Ce que nous appelons aujourd’hui « le site des Tanneurs » fut édifié selon les plans d’une « faculté des Lettres » juridiquement défunte. En 1972, deux des trois « blocs » étant achevés, le président avait installé ses services dans les locaux conçus pour le doyen et son administration, pour le  logement de fonction du secrétaire général etc…

Le bloc des amphis (le grand, 780 places, et les trois petits, 110, 120 et 130) sortait à peine de terre, deux collègues de l’IUT font irruption dans son bureau : ils avaient vu les plans, une poutre de béton allait passer au-dessus de la chaire du grand amphi, coupant le cadre de scène. On ne pourra jamais l’aménager en théâtre. Hélas!, l’autorité du président ne s’étendait pas jusqu’à la maîtrise de l’ouvrage. En revanche, il avait la confiance du recteur-chancelier, il connaissait le goût de Gérald ANTOINE pour les mots.  Il a suffi de lui écrire que « le grand amphithéâtre ne méritera jamais que la moitié de son nom », les travaux furent arrêtés,  les plans révisés et… le président encouragé à trouver à Paris les crédits nécessaires pour l’aménagement de cet amphi en vrai théâtre : rideau de scène, jeu d’orgue,  sono, éclairages, écran et projecteur de cinéma , plus quelques loges…

Commence une série de rendez-vous parisiens décevants. Au Secrétariat d’État des Universités : « Voyez le ministère de la Culture ». Au ministère de la Culture : « Notre tout petit budget abonder celui du mammouth? ». Par chance il existait près du Premier Ministre un service dédié au financement de projets  chevauchant deux ministères, le FIC, géré par un jeune énarque, Antoine de CLERMONT-TONNERRE, qui n’était pas encore le grand producteur de musique. Il vint à Tours diriger une séance de travail, il fut sensible à l’idée d’un laboratoire d’observation sociologique du public (le professeur Jean DUVIGNAUD était sociologue de l’Art).  La dotation du FIC, outre les crédits d’investissement, incluait pour le fonctionnement un fond de départ, —  le tout confié à une association réunissant les principaux acteurs de la vie culturelle locale, opéra, théâtre, cinéma, bibliothèque, à parité avec des universitaires et des étudiants, sous la présidence statutaire du Président de l’Université. Ce Centre d’expression et d’action pédagogiques et culturelles fut d’abord abrégé de façon potache en EXAPECUL, puis en CEP. Les statuts avaient été adoptés la semaine précédente, le 15 novembre 1973, authentifiés par la signature du Président,  Bernard CHEVALIER, du Vice-Président Jacques BODY qui venait tout juste de lui céder la Présidence de l’Université, et du trésorier René FILLET, conservateur de la Bibliothèque Municipale, qui fut, au sein de la commission culturelle de l’université, pour les AMC comme pour le CEP, un allié efficace et dévoué, jusqu’à sa promotion à la direction de la fameuse BPI du Centre Pompidou à sa naissance. Les travaux d’aménagement pouvaient commencer.

L’inauguration du « Théâtre de l’Université », alias « salle des Tanneurs », aujourd’hui joliment rebaptisé « Thélème », eut lieu à la fin de l’année scolaire 1973-1974, — une bien mauvaise date : les étudiants étaient partis, et la ville n’avait pas encore compris que le « Théâtre de l’Université » lui était grand ouvert. L’unique enseignant de musicologie de l’époque, Jean-Michel VACCARO,  pas encore l’éminent éditeur des luthistes français mais déjà le dynamique chef de la Chorale universitaire, s’était offert à diriger deux représentations de l’Histoire du soldat,  texte de RAMUZ, musique de STRAVINSKI. Musique, littérature, histoire, sociologie convoquées à la fois… devant un public clairsemé.  Les salaires du récitant, du violoniste et du petit orchestre avalaient d’un coup la maigre recette et la totalité du fond de roulement.

L’université persévéra.  Elle assuma le rôle culturel que lui assignait l’article 1 de la loi FAURE (12 novembre 1968) en puisant dans ses fonds propres, soit pour le CEP, soit en servant de couveuse (AMC, Ensemble Jacques Moderne, Jazz à Tours, Théâtre du Pratos, Théâtre  de l’Ante…), soit en hébergeant pendant deux saisons (1977-1979) aux salles combles, la programmation d’André CELLIER que venait de congédier le député-maire Jean ROYER.

La salle des Tanneurs a bénéficié d’une importante réfection sous la présidence (1993-1998) d’Henri MOURAY, moins de sièges mais plus confortables, et d’une ré-inauguration mémorable avec un Boléro de RAVEL à huit mains, quatre grands pianos de location et quatre grands pianistes de passage. Dans la coulisse, le Steinway modèle C vibrait sûrement, par sympathie.

Statut du CEP

 

2 Commentaires

  1. J. Lagoutte dit :

    Les collègues de l’IUT n’ont pas « fait irruption » dans le bureau, mais suggéré (après avoir eux-mêmes travaillé le dossier technique) que puisse être étudié un aménagement du grand amphithéâtre pour qu’il puisse accueillir des spectacles et concerts.

    Il faut noter qu’à l’occasion de l’étude des transformations à effectuer, étude menée en confiance avec l’architecte et les entreprises concernées, il apparut qu’il serait possible d’agrandir le bâtiment pour obtenir une plus grande profondeur de scène et en faire un théâtre plus conforme aux normes. On pouvait trouver le financement du surcoût, assez modeste. Mais la procédure de construction imposait que le dossier refasse le trajet intégral entre tous les services concernés. La construction de l’ensemble aurait été retardée de plusieurs mois. Il fallut renoncer.

    La création du CEP, association culturelle, fut imposée par le recours au Fonds d’Intervention Cuturelle (FIC) parce que cet organisme ne pouvait financer un service public. De même le ministère de la culture n’était pas seulement un « petit » ministère aux faibles moyens, la pratique administrative interdisait qu’un ministère intervienne financièrement dans les travaux d’un autre.

    L’article mentionne le soutien du « Conseil d’Administration », l’appellation de l’époque était « Conseil de l’Université ». On peut rappeler que ce soutien n’alla pas sans débats. Plusieurs des membres du conseil trouvaient que la participation financière, même modeste, de l’établissement serait une amputation des crédits de fonctionnement de l’université qui pensaient devoir être consacrés exclusivement à l’enseignement et à la recherche. Par chance pour le dossier, le maire de Tours, Jean ROYER venait de conduire plusieurs actions de censure (expositions, spectacles) et une motion fut proposée en conseil pour que l’université s’indigne de cette censure. Certains membres du conseil considérés comme « à gauche » refusèrent de voter le texte et expliquèrent qu’il était inutile de voter une motion alors que l’université pouvait se doter d’une salle de spectacle que les franchises universitaires feraient échapper à l’autorité du maire. Les réticences furent levées et la décision prise de demander la transformation et d’y apporter une partie du financement.

  2. J. Lagoutte dit :

    Pour l’action de l’Université « sur ses fonds propres », cela mériterait une étude fine, car les programmations, théâtrales notamment, furent soutenues par l’ONDA (Office National de Diffusion Artistique) et si l’université assuma certes des charges de fonctionnement chauffage, gardiennage, certains personnels) elle n’intervint financièrement pas dans les actions du CEP. Quant aux soutiens « en servant de couveuse (AMC, Ensemble Jacques Moderne, Jazz à Tours, Théâtre du Pratos, Théâtre de l’Ante…), » ce fut seulement par la mise à disposition de la salle dite alors « des Tanneurs ». Il me semble exagéré d’écrire qu’elle assuma « le rôle culturel…en puisant dans ses fonds propres ».

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