1970 – L’émergence de l’informatique à l’université de Tours

Quand naît l’université de Tours, le mot informatique est encore en France assez largement méconnu, parfois même redouté. Dans les années 1960, il s’était seulement concrétisé au sein de grandes organisations (grands centres de recherche, administrations centrales, grandes entreprises, …) où de gros ordinateurs, très couteux, étaient mis en œuvre par de rares spécialistes. Dans le monde universitaire national, quelques sites commençaient aussi à se distinguer (Paris, Grenoble, Toulouse, …) et créaient les premières filières de formation d’informaticiens.

Aux USA, le mouvement avait pourtant déjà été bien lancé depuis des années. Certains en ont pris conscience, tel Jean-Jacques SCHREIBER dont l’ouvrage Le défi américain (où il parle de « révolution dans les méthodes de l’information ») connaît en 1967 en France un réel succès. Et en effet, la fin du millénaire voit émerger cette nouvelle science qu’est l’informatique avec ses profondes implications dans toute la société.

Comment cette émergence s’est-elle faite à l’université de Tours ?

Préhistoire de l’informatique universitaire. En mars 1971, l’université inaugure son premier ordinateur : un lecteur de cartes perforées. / Crédit photo : La Nouvelle République, Gérard PROUST

Fin des années 1960

À Tours, dans ce qui n’est encore qu’un Collège scientifique universitaire, apparaît d’abord un minuscule embryon : René BENOÎT (professeur de physique) suivi d’un assistant, André ROUILLON (ingénieur ECP), créent un département (enseignement) et un laboratoire (recherche) d’informatique.

1970

Dans la toute nouvelle université de Tours, cet embryon est d’abord intégré dans l’Unité d’Enseignement et de Recherche (UER) Aménagement-Géographie-Informatique ; par la suite, en 1986, le département et le laboratoire d’Informatique quittent AGI pour rejoindre dans l’UFR Sciences et Techniques.

Les débuts sont particulièrement difficiles, en raison de conditions défavorables :

– la micro-équipe est réduite à deux enseignants-chercheurs,

– elle ne dispose d’aucun équipement informatique,

– elle œuvre sur un terrain universitaire modestement réceptif, la discipline informatique, pas encore reconnue, ayant du mal à se faire un peu de place parmi ses grandes aînées déjà bien implantées.

1974-1983 :  naissance d’une équipe.

Découragé, René BENOÎT quitte l’université de Tours. Mais heureusement deux collègues physiciens (Jean-Pierre ASSELIN DE BEAUVILLE et André DOLLA) arrivent en renfort. Durant plusieurs années, deux assistants informaticiens (Yves et Élisabeth KERGALL), formés à l’université de Grenoble, et François BRET (thèse d’informatique à Paris) participent aussi à l’aventure. Et le petit groupe est bientôt rejoint par un autre informaticien, Christian PROUST, ingénieur INSA, venu de l’université de Lyon. C’est ce petit noyau de base qui, à l’aide de renforts ultérieurs, enracine progressivement la science informatique, avec ses diverses composantes, dans notre université tourangelle.

Formation initiale

Plusieurs filières sont progressivement développées :

– en 1972-1987 : un ensemble d’unités de valeur d’informatique (fonctionnement des ordinateurs, initiation à la programmation, domaines d’application, … ) sont ouvertes à tous les étudiants de l’université et peuvent conduire au Certificat Universitaire d’Informatique (CUI ), un diplôme d’université sanctionnant une formation de bon utilisateur de moyens informatiques.

– en 1979-1983 : la mise en place de nouvelle unités de valeur permet d’accéder au Diplôme d’Analyste Programmeur (DAP), un diplôme d’université sanctionnant une formation d’informaticien.

– en 1981-1982 : un diplôme national, la Licence d’Informatique, prend la relève du DAP.

– en 1982-1992 : un nouveau diplôme national, la Maîtrise de Sciences et Techniques (MST) d’Informatique Appliquée à la Production Industrielle, prend la relève de la Licence.

– et ensuite vient l’école d’ingénieurs E3i, lancée le 11 juin 1991 avec le feu vert de la CTI (Commission des Titres d’Ingénieurs)…

Formation continue

Les enseignements précédents sont aussi ouverts en formation continue ; en particulier, les unités de valeur du CUI accueillent de nombreux personnels de l’université, mais aussi d’entreprises tourangelles. Diverses autres actions sont également menées :

– en 1974-1985 : des dizaines de stages d’initiation à l’informatique pour les personnels de l’université (enseignants-chercheurs, administratifs, techniques) et pour les entreprises locales ;

– en 1979-1986 : divers stages plus spécialisés pour des demandeurs d’emploi, ou dans des entreprises sur leur demande ;

– en 1983-1985 : fonctionnement du CUI en formation continue à Châteauroux ;

– en 1990 : animation d’un groupe de travail associant une vingtaine de partenaires régionaux (université, autres organismes de formation, collectivités locales, chambre de commerce et d’industrie, entreprises) pour la création d’une formation d’ingénieurs par l’apprentissage, destinée à des techniciens ; le dossier élaboré a ensuite permis l’implantation d’une filière à Bourges.

Recherche

Les premières années permettent surtout au laboratoire d’informatique d’assurer des traitements informatiques, notamment sous la forme d’analyses de données, pour divers laboratoires de l’université (en sociologie, psychologie, médecine, biologie animale, …). En ce sens, il amène nombre de chercheurs tourangeaux à utiliser des moyens informatiques, les aidant ensuite à eux-mêmes prendre en main leurs applications informatiques.

Puis, surtout à partir du début des années 1980, le laboratoire développe ses propres axes de recherche (en analyse des données, reconnaissance des formes, ordonnancement et conduite de systèmes).

Moyens de traitement informatique

Plusieurs étapes marquent le développement de ces moyens.

Jusque vers 1974 : grâce à un accord avec le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives), le département et le laboratoire d’informatique utilisent les moyens de traitement du centre du Ripault (à une dizaine de km de Tours) ;  le laboratoire a aussi accès à un gros centre de calcul national à Orsay. Mais dans ces deux cas, il s’agit de traitements différés : programmes et données, saisis sur cartes perforées, sont régulièrement apportés au centre de traitement, les résultats, imprimés, étant ensuite récupérés quelques heures plus tard.

1975 : création par le département d’informatique du centre de calcul de l’université : équipé d’un mini-ordinateur (la miniaturisation des équipements est alors engagée) et grâce à un poste de technicien, il est mis à la disposition de tous les enseignants-chercheurs de Tours. Par la suite, connecté au centre de calcul commun à l’université d’Orléans et au CNRS, il donne accès à de plus gros moyens de calcul.

Début des années 1980 : c’est la diffusion des ordinateurs de bureau qui change radicalement la situation ; après un premier modèle acquis dès 1980, arrive vite une première vague de matériels ensuite largement utilisés en enseignement comme en recherche.

En parallèle, le centre de calcul commence à accueillir des traitements de gestion pour l’université (notamment pour les services de scolarité) ; avec le développement de ses moyens, humains et matériels, ce centre devient ensuite un outil essentiel pour toute la gestion de l’université.

Participation à l’économie locale

Les contacts avec les entreprises locales, parfois régionales, sont d’abord développés au travers des activités d’enseignement, cela sous diverse formes :

– appel à des informaticiens en entreprise pour assurer certains enseignements ;

– accueil de stagiaires en entreprise ;

– embauche d’anciens élèves ;

– stages et sessions de formation continue ;

– proposition par des entreprises de sujets de projets traités par des étudiants ;

– de 1978 à 1985, co-organisation d’un salon d’informatique annuel à Tours, très prisé des entreprises.

Ces collaborations sont aussi rapidement prolongées dans le domaine de la recherche.

L’université de Tours a ainsi bien contribué à l’informatisation du tissu économique régional.

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