15 décembre 1971 – Alexander CALDER est retenu pour réaliser le 1% artistique de l'IUT de Tours

Les services du rectorat d’Orléans qui étaient le constructeur du bâtiment de l’IUT de Tours transmirent « pour avis », le 7 juillet 1970, le projet de sculpture proposé au titre du 1%. Une sculpture en polybéton d’environ 2,5 mètres d’envergure projetée par Mme TEROUANE, sculptrice. La photo (ci-jointe) de la maquette choqua les responsables de l’IUT qui voyaient d’un mauvais œil cette chose sans originalité esthétique devoir encombrer leur environnement. On décida d’émettre l’avis demandé en refusant la proposition et en argumentant sur le coût et sur la notoriété de l’artiste.
Jean LUTHIER, directeur, relisait les courriers qu’il signait. Il trouva dommage que soient cités Jean ARP et Robert COUTURIER et pas Alexandre CALDER qui habitait Saché. La lettre (ci-jointe) fut réécrite avec la mention de CALDER et expédiée le 23 juillet. Cette mention transformait le dossier. D’une inhabituelle contestation par l’utilisateur futur d’un projet de 1% (on n’a pas connaissance d’autres projets refusés par les usagers du bâtiment) on passait à un dossier chargé de sens, sens esthétique et sens politique.

Proposition d’oeuvre de Mme TEROUANE

Il faut savoir qu’auparavant, Alexandre CALDER avait proposé de donner une œuvre à la ville de Tours, comme il en donna une au village de Saché où elle est encore. Jean ROYER avait refusé et fait savoir que, lui vivant, on n’érigerait pas dans SA ville de telles horreurs. Ce qui explique la mention de la lettre « dont il n’existe pas encore de sculpture dans la ville ».   Par courrier du 31 mars 1971, le rectorat réclamait « dans les meilleurs délais » la réponse à son envoi du 7 juillet 1970. A l’IUT on comprit que cette relance marquait l’embarras des services rectoraux devant la demande de réexamen. On répondit au rectorat en lui rappelant la lettre du 23 juillet 1970. Mais il fallait insister. M. LUTHIER appela donc M. le recteur ANTOINE pour dire toute l’importance qu’il accordait à l’affaire et son souhait très vif qu’il soit fait appel à CALDER. Rappelons qu’il n’y avait alors aucun service de l’enseignement supérieur au rectorat et que les dossiers étaient traités soit par le recteur en personne, soit par le secrétaire général du rectorat. Ce fut lui qui prit la communication et transmit l’insistance de l’IUT en s’en faisant le partisan. Le recteur ANTOINE appuya donc notre demande.

Lettre adressée au recteur ANTOINE

Lors de la commission d’attribution, la proposition d’un CALDER trouva un défenseur autre que le rectorat. Olivier DEBRE, le peintre et frère de Michel (alors ministre de la Défense nationale) y siégeait comme artiste reconnu et trouva dans ce choix l’occasion de défendre la création contemporaine mais aussi d’ennuyer un peu le maire de Tours. Celui-ci avait refusé de céder son siège de député à Michel et l’avait battu aux législatives de 1962 , les relations étaient donc mauvaises entre les deux gaullistes. L’IUT connut l’information par une autre membre de la commission, ancienne résistante et militante de l’action sociale qui était, elle aussi, gaulliste. CALDER fut donc chargé, le 15 décembre 1971, de proposer une œuvre pour l’IUT de Tours. La proposition définitive sera acceptée par la commission nationale le 24 avril 1971.
Il n’y eut pas d’inauguration. Au moment où le stabile fut installé, Jean LUTHIER n’était plus directeur et CALDER était décédé. Mais CALDER vint au moins une fois à l’IUT pour choisir l’emplacement de son œuvre. Il insistait, ici comme dans d’autres lieux, pour poser l’œuvre sur une surface minérale et non sur une pelouse. Cela impliquait que son stabile  soit placé devant la façade du bâtiment. L’architecte, F.ROY, protestait que la sculpture « gâchait » la vue sur la façade de son œuvre. CALDER faisait semblant de ne pas comprendre le français, il eut gain de cause. En fait, l’architecte défendait « sa » façade alors même qu’il s’agissait d’un bâtiment industrialisé et au modèle utilisé maintes fois dans d’autres IUT.   L’intervention personnelle et répétée de Jean LUTHIER fit qu’un stabile de CALDER est désormais installé sur le site de l’IUT.

Photos de l’oeuvre de CALDER installée devant l’IUT de Tours

Mais si Jean ROYER ne souhaitait pas qu’un CALDER soit dans Tours, son successeur, Jean GERMAIN trouva là un moyen d’affirmer sa modernité contre le traditionalisme de son prédécesseur. Il obtint donc le prêt du CALDER pour quelques temps. Au terme des deux ans, il obtint que le prêt soit prolongé jusqu’en janvier 2000. Mais comme l’année 2000 s’écoulait sans que le stabile retrouve sa place, des enseignants des divers départements de l’IUT constituèrent une association qui finit, après plusieurs démarches,  par menacer la mairie de Tours d’une action auprès du tribunal administratif. La stabile revint à l’IUT en 2002. La sculpture était redevenue un enjeu politique.

Et vous, avez-vous des souvenirs et des photos de l’oeuvre dans la ville ?

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