10 Mai 1988 – Création du Biotechnocentre

C’est dans la nuit du 10 au 11 Mai 1988, dans les greniers du Domaine de Seillac (Loir-et-Cher), que furent adoptés, a l’issue de longues discutions, les statuts de l’association Biotechnocentre devant un parterre d’une soixantaine de chercheurs de tous horizons, de Tours comme d’Orléans. Les années 1980 ont vu 1’essor des Biotechnologies. On redécouvrait le « vivant » et son exploitation pour 1’homme. L’Association Biotechnocentre est née d’un concours de circonstances.

En 1987, la multinationale Nestlé étudiait la possibilité d’implanter un Centre de Recherches Biotechnologiques en Région Centre. Le dossier était arrivé entre les mains du Préfet de Région. Celui-ci constatait qu’il ne pouvait présenter qu’un catalogue de l’existant dans le secteur public, comme dans le secteur privé. Aucune structure horizontale ne donnait aux chercheurs de statuts fort différents (tant du secteur privé que du secteur public  au sein des deux Universités d’Orléans et de Tours ou des grands organismes : CNRS, INRA, INSERM) la possibilité de se rencontrer. Au mieux, ils s’ignoraient royalement. Les Biotechnologies, comme toutes les avancées dans l’histoire de l’humanité, sont, nécessairement, à l’interface de connaissances, d’hommes ou de femmes de cultures différentes.
En toute hâte fut organisée une réunion à la Préfecture d’Indre-et-Loire où des partenaires potentiels présentèrent leurs savoir-faire aux industriels. Ce fut une révélation. Il fut alors décidé de pérenniser cette action afin d’encourager les chercheurs du vivant à mieux se connaître, à rechercher interactions et synergies potentielles, bases incontournables d’une vie scientifique riche dans une Région, certes plus vaste que la Belgique, mais que des malintentionnés qualifieraient vite de désert français.
A la demande des chercheurs du secteur privé, il convenait absolument d’éviter d’emblée une structure verticale classique, associant, sur le papier, les organismes. Une « usine à gaz » éphémère, comme nos énarques savent si bien les imaginer. A la demande de la Déléguée Régionale à la Recherche et à la Technologie de l’époque, Geneviève Terrière, un petit comité fut mis sur pied. Il s’appuyait sur le DEA Orléans-Tours créé deux ans plus tôt en 1985 dans le domaine des sciences de la vie, en liaison entre les deux Universités d’Orléans et de Tours. Les tourangeaux avaient appris à connaître et apprécier les universitaires Orléanais comme les chercheurs du Centre de Biophysique Moléculaire du CNRS d’Orléans, et réciproquement.
Ce comité comportait à côté de Michel MONSIGNY de l‘Université d’Orléans et Jean-Claude CHENIEUX de l’Université de Tours, Pierre MONGIN, Président de l’INRA de Tours-Nouzilly et Eric TESSIER du Cros de l’INRA d’Orléans-Ardon. Celui-ci fut amené à envisager la création d’un GIS (Groupement d’Intérêt Scientifique) dénommé « Biotechnocentre », afin de promouvoir et développer les biotechnologies en Région Centre. Ce GIS visait trois objectifs ambitieux :
– dégager une identité, une spécificité régionale ;
– affirmer le haut potentiel scientifique de notre Région ;
– créer un pôle d’attraction pour les Industries de haute technologie.
Bref, le Biotechnocentre était conçu comme une sorte de « club des chercheurs du vivant en Région Centre ».
 
La philosophie de Biotechnocentre fut soufflée par le grand scientifique que fût Karl ESSER. Rappelons que c’est lui qui découvrit l’ADN mitochondrial et est à l’origine des travaux de génétique extrachromosomique qui ont bouleversé les cultures industrielles des champignons filamenteux. ESSER était à l’époque Recteur de la Ruhr-Universität de Bochum et… directeur du Jardin Botanique de Tours. De quoi créer des liens avec Jean-Claude CHENIEUX. En 1987, lors des cérémonies de jumelage avec l’Université de Tours,  l’interrogeant en aparté sur un problème qui le taraudait : comment développer des liens entre chercheurs du public et du privé ? C’est bien volontiers qu’il lui confia son expérience : le Land finançait des agapes hebdomadaires, public/privé dans la plus grande brasserie de la ville… L’occasion de sympathiser une bonne bière en main, d’apprendre à connaître et apprécier l’autre, d’échanger un numéro de téléphone et de se dépanner pour un équipement ou dans la recherche d’un collaborateur.
Elémentaire, mon cher Watson… De la démocratie participative avant l’heure.
Préparer les esprits. Agir dans le temps, concrètement, sur les mentalités des véritables acteurs de la recherche. En conséquence, orienter les actions pour encourager les chercheurs à rencontrer, découvrir l’autre. Non pas se limiter confortablement et épisodiquement à rencontrer le spécialiste de sa discipline à l’autre bout de la planète, mais son collègue de l’autre bâtiment, d’un autre organisme, du public ou du privé, proche géographiquement mais combien étranger. Enjeu bien modeste en apparence, mais combien porteur de changements profonds. Enjeu difficile aussi, si magnifiquement décrit par Dino Buzzati dans son célèbre roman Le désert des Tartares. L’étranger, surtout proche, c’est l’inconnu, pire, l’ennemi potentiel.
Pour garder toute indépendance devant les velléités universitaires d’Orléans ou de Tours, le siège social de Biotechnocentre fut domicilié dans le Loir-et-Cher,  et  parallèlement Jean-Claude CHENIEUX délaissa sa casquette de Président du Conseil Scientifique de l’Université de Tours. Réunir des hommes et non des structures.
Le choix se fit sur le Domaine de Seillac, de part ses capacités d’accueil, mais aussi du fait que ce lieu avait un fort retentissement au niveau national, voire international par la qualité des réunions scientifiques du CNRS et d’autres grands organismes qui s’y étaient déjà déroulées. Dont la 1ère démonstration de l’existence du virus du Sida avec Gilbert MONTAGNIER. Ce dernier y termina d’ailleurs le Colloque, précipité par ses collègues, en signe de joie, dans la piscine du Domaine…
Pour asseoir la crédibilité de cette structure, le comité provisoire fut conduit à organiser un Colloque de prestige. Ce premier Colloque se déroula les 9-10-11 Mai 1988 à Seillac.
 

 
Daniel THOMAS, de l’Université Technologique de Compiègne, le « Monsieur Biotechnologie » de l’époque, en assura l’ouverture avec un exposé magistral intitulé « Biotechnologie : passé, présent et futur » devant un parterre d’autorités dont, en grands uniformes, le Préfet de Région accompagné des Préfets d’Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher…
Le premier Colloque Biotechnocentre, avec son subtil dosage entre conférenciers extérieurs prestigieux et responsables d’équipe de pointe de la Région Centre, fut une révélation pour les soixante participants : prise de conscience de la qualité des travaux réalisés dans la Région, bien souvent découverte d’alter ego de statuts différents jusqu’alors ignorés ou méprisés. Très classiquement les chercheurs avaient l’habitude de se retrouver dans leur étroite spécialité. Parallèlement, compte tenu des avancées scientifiques, tous prenaient conscience de l’extraordinaire unité du vivant.
Entre temps le bureau provisoire avait accumulé réunions sur réunions et, compte tenu des contraintes, décidé de proposer un statut associatif à Biotechnocentre plutôt que celui d’un GIS. La formulation des textes fut l’objet de longues veillées et l’adoption des statuts fut réalisée par l’Assemblée Générale constitutive de Biotechnocentre devant un parterre d’une soixantaine de chercheurs de tous horizons, dans la nuit du 10 au 11 Mai 1988, et ceci dans les greniers du Domaine de Seillac !
L’histoire montra que la réflexion d’alors était bien appropriée puisque, plus de 30 ans plus tard, ces statuts, après quelques remaniements, sont toujours d’actualité.
Depuis quelques années, le Colloque de Biotechnocentre  accueille, à côté des chercheurs seniors, les doctorants de l’Ecole Doctorale 549  Santé, Sciences Biologiques et Chimie du Vivant des deux Universités, Orléans et Tours.
Un coup de jeune…
 

Affiche réalisée pour le 20ème colloque Biotechnocentre 

 

26ème colloque Biotechnocentre – Doctorants ED 549

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *